Règlementation des plannings en pharmacie : le guide complet
Dans cet article, nous décryptons l'ensemble du cadre légal et conventionnel qui encadre le temps de travail en pharmacie d'officine. Vous découvrirez les règles incontournables, les différences cruciales entre temps partiel et temps plein, et surtout les solutions pratiques pour gérer sereinement vos plannings.
Les fondamentaux à connaître
Avant d'entrer dans les détails pratiques, commençons par poser les bases : quelles sont les définitions essentielles à maîtriser pour gérer vos plannings en toute légalité ?
1 - Qu'est-ce que le temps de travail effectif ?
Le temps de travail effectif correspond au temps pendant lequel le salarié est à la disposition de l'employeur et exécute ses consignes, sans pouvoir vaquer librement à des occupations personnelles.
Concrètement, cela signifie :
- Le temps passé en formation (présentiel ou e-learning) = temps de travail effectif
- Les gardes d'officine = temps de travail effectif
- Les interventions en astreinte (trajet + temps d'intervention) = temps de travail effectif
- Les pauses réglementaires de 20 minutes = PAS du temps de travail effectif
Cette distinction est capitale : elle détermine ce qui doit être rémunéré et ce qui compte dans le calcul des heures supplémentaires ou complémentaires.
2 - Temps partiel vs temps plein : les différences clés
Voici un tableau récapitulatif qui vous permettra de visualiser d'un coup d'œil les principales différences entre ces deux régimes :
|
Critère |
Temps partiel |
Temps plein |
|
Durée contractuelle |
Moins de 35h/semaine (minimum 16h en pharmacie) |
35h/semaine |
|
Heures supp |
Heures complémentaires (max 1/10ème du contrat) |
Heures supplémentaires (majoration dès la 36ème heure) |
|
Majoration |
+15% jusqu'au 1/10ème, puis +25% |
+25% (36-43h), puis +50% (au-delà) |
|
Pause max/jour |
2 heures |
3 heures |
|
Délai modification planning |
7 jours minimum |
Pas de délai strict (sauf motif familial) |
|
Possibilité de récupération |
NON, paiement obligatoire |
OUI, sous conditions |
|
Préavis heures supp |
3 jours pour heures complémentaires |
Pas de délai légal strict |
Comme vous le voyez, le temps partiel est bien plus encadré et protecteur pour le salarié. Gardez ces différences en tête, elles sont au cœur de la gestion quotidienne de vos plannings.
3 - Pourquoi la traçabilité du planning est-elle obligatoire ?
Au-delà de ces définitions, la loi impose une rigueur absolue dans la gestion documentaire de vos plannings. C'est votre meilleure protection juridique.
Vos plannings doivent être :
- Écrits et clairs : pas d'accord oral qui pourrait être contesté
- Communiqués au moins 7 jours à l'avance : c'est votre protection juridique
- Conservés : en cas de litige, vous devez pouvoir prouver ce qui a été planifié et accepté
⚠️ Point de vigilance : Un accord de modification de planning par SMS ou WhatsApp constitue une preuve recevable, mais attention aux messages qui s'effacent automatiquement !
Maintenant que ces fondamentaux sont posés, entrons dans le vif du sujet : comment gérer concrètement un temps partiel avec toutes ses spécificités ?
Temps partiel : quelles sont les règles spécifiques ?
Le contrat à temps partiel est fortement encadré par la loi pour protéger le salarié, qui peut avoir d'autres engagements professionnels ou familiaux. Cette protection se traduit par des contraintes précises pour l'employeur.
1 - Les 3 règles d'or du temps partiel
-
Préavis de 7 jours
Toute modification de la répartition du temps de travail doit être notifiée 7 jours avant. Le salarié peut refuser sans justification -
Droit de refus
Le salarié peut refuser un changement d'horaire incompatible avec sa situation familiale, même avec un préavis respecté. -
Pause max de 2 heures
L'interruption journalière ne peut dépasser 2 heures (vs 3h pour un temps plein). Le planning est à réorganiser si dépassement.
2 - Durée minimale en pharmacie : une spécificité à connaître
En pharmacie d'officine, la durée minimale de travail à temps partiel est de 16 heures par semaine, contre 24 heures dans le droit commun. Cette spécificité de la convention collective pharmaceutique offre plus de souplesse.
Exceptions :
- Étudiants de moins de 26 ans : pas de minimum, pour compatibilité avec les études
- Personnel de nettoyage : minimum de 5 heures par semaine
- Demande écrite du salarié : pour contraintes personnelles ou cumul d'activités
3 - Heures complémentaires : attention au plafond !
Voici l'un des pièges les plus fréquents : confondre heures complémentaires et heures supplémentaires. Pour un temps partiel, toute heure au-delà du contrat est une heure complémentaire, avec des règles très strictes.
Les plafonds à respecter :
Les heures complémentaires ne peuvent dépasser 10 % de la durée du temps de travail prévu dans le contrat.
- Maximum autorisé : 1/10ème du temps contractuel
Ainsi, si la durée contractuelle de votre salarié est fixée à 30 heures hebdomadaires, il peut au maximum effectuer 3 heures complémentaires par semaine. - Majoration obligatoire : +15% dans la limite du 1/10ème
- Impossibilité de récupération : les heures complémentaires doivent obligatoirement être payées
⚠️ Erreur fréquente : Demander à une adjointe à temps partiel de remplacer le titulaire sur 45h pendant ses congés. C'est juridiquement impossible sans passer par un avenant temporaire qui ne peut de toute façon pas dépasser 35h.
4 - La solution de l'avenant temporaire (complément d'heures)
Face à un besoin temporaire (congés d'un collègue, pic d'activité), l'avenant temporaire est votre allié pour augmenter légalement le volume horaire d'un temps partiel.
Comment ça marche ?
- Permet d'aller jusqu'à 34h50 maximum (pas 35h = seuil du temps plein)
- Doit être signé par les deux parties
- Évite la limite du 1/10ème sur la période concernée
- Les heures dans le cadre de l'avenant ne sont pas majorées (sauf dispositions conventionnelles plus favorables)
- Les heures complémentaires au-delà de l'avenant sont majorées à 25% minimum
Une fois ces règles du temps partiel maîtrisées, voyons comment s'organise le temps plein, qui offre plus de flexibilité mais reste encadré.
Temps plein : quelles sont les obligations de l'employeur ?
Le temps complet (35h) offre plus de souplesse dans l'organisation, mais reste soumis à des règles strictes, notamment pour les heures supplémentaires.
1 - Heures supplémentaires : mode d'emploi
Contrairement au temps partiel, les heures au-delà de 35h sont des heures supplémentaires, avec un régime juridique différent.
Majoration :
- +25% pour les 8 premières heures (de la 36ème à la 43ème heure)
- +50% au-delà de la 43ème heure
2 - Plafonds hebdomadaires
- 48 heures maximum sur une semaine (plafond absolu)
- 44 heures en moyenne sur 12 semaines consécutives
Refus possible uniquement en cas de délai de prévenance insuffisant ou motif familial impérieux.
⚠️ Point juridique : C'est l'employeur qui demande les heures supplémentaires, pas le salarié qui les impose. Mais si elles sont effectuées, elles doivent être payées, même si vous n'avez constaté le dépassement qu'après coup.
Qu'on soit en temps partiel ou temps plein, certaines règles s'appliquent universellement. Passons-les en revue.
Quelles sont les règles communes à tous les contrats ?
Certaines règles s'appliquent quel que soit le type de contrat et constituent le socle minimal de protection du salarié.
1 - Amplitude horaire maximum : 12 heures
L'amplitude, c’est le temps entre le début et la fin de la journée de travail (pauses incluses). Le maximum autorisé est de 12 heures.
- Exemple conforme : 8h-20h avec 2h de pause = 12h d'amplitude
- Exemple non conforme : 8h-22h = 14h d'amplitude
2 - Durée journalière de travail effectif : 10 heures
Le temps de travail effectif (pauses exclues) ne peut dépasser 10 heures par jour.
- Exemple non conforme : 8h-13h + 14h-20h = 11h de travail effectif
3 - Pause obligatoire : 20 minutes
Au bout de 6 heures de travail consécutif, vous devez octroyer une pause de 20 minutes :
- Non rémunérée
- Obligatoire et consécutive
- Une seule pause obligatoire par jour (vous pouvez en accorder plus, mais une seule est légalement imposée)
4 - Repos hebdomadaire : 36 heures minimum
- 36 heures consécutives incluant obligatoirement le dimanche + 12h à accoler (samedi après-midi OU lundi matin)
- Exemple : fin le samedi à 20h → reprise possible le lundi à 8h
- Maximum 6 jours travaillés par semaine
⚠️ Attention : Si vous accordez habituellement 2 jours de repos consécutifs, c'est un avantage acquis qui ne peut être supprimé sans accord du salarié.
Astreinte ou garde : quelle est la différence ?
Cette distinction est cruciale car elle impacte directement la rémunération et le calcul du temps de travail effectif.
1 -L'astreinte
C’est la période pendant laquelle le salarié doit être joignable et disponible pour intervenir, sans être physiquement présent à l'officine.
Rémunération :
- Le temps d'astreinte seul n'est PAS rémunéré
- MAIS le temps d'intervention EST rémunéré, incluant :
- Le temps de trajet aller-retour (calculé via Google Maps depuis le domicile)
- Le temps passé à l'officine
- Ces heures comptent comme du temps de travail effectif (majoration si hors contrat)
Exemple concret : Astreinte le dimanche de 10h à 19h, intervention de 14h à 15h, domicile à 30 min de l'officine → Rémunération : 30 min (aller) + 1h (intervention) + 30 min (retour) = 2h
2 - La garde
C’est la période pendant laquelle le pharmacien assure l'ouverture de l'officine en dehors des horaires habituels (nuit, dimanche, jours fériés).
Rémunération :
- Tout le temps de garde = temps de travail effectif
- Même si le pharmacien dort sur place sans intervention
- Rémunération différenciée selon garde ouverte/fermée, mais toujours comptabilisée
⚠️ Erreur fréquente : Confondre garde et astreinte. La garde est TOUJOURS du temps de travail effectif, quelle que soit l'activité réelle.
Comment gérer les modifications de planning ?
Même avec la meilleure organisation du monde, des imprévus surviennent. Voici comment gérer les modifications dans le respect du cadre légal.
1 - Délais de prévenance obligatoires
|
Situation |
Délai minimum |
Conséquence si non respecté |
|
Modification planning temps partiel |
7 jours |
Le salarié peut refuser sans justification |
|
Heures complémentaires |
3 jours |
Le salarié peut refuser sans justification |
|
Heures supplémentaires (temps plein) |
Pas de délai légal strict |
Refus possible si délai insuffisant + motif familial |
Obtenir l'accord du salarié
Si vous ne pouvez pas respecter les délais, vous DEVEZ obtenir un accord écrit :
- Signature sur le planning avec date
- SMS ou WhatsApp (conservez la preuve)
- Email avec accusé de réception
❌ Ne jamais accepter un accord uniquement oral : en cas de litige, vous n'aurez aucune preuve.
Malgré toutes ces précautions, certaines situations dépassent les capacités de gestion interne. C'est là que le remplacement devient indispensable.
Quand faire appel au remplacement en pharmacie ?
Face à toutes ces contraintes réglementaires, il arrive que la gestion interne des plannings atteigne ses limites.
Les situations où le remplacement devient indispensable
- Congés du titulaire : impossible de demander à une adjointe temps partiel de couvrir 45h ou 60h d'ouverture
- Absences imprévues : maladie, urgence familiale sans possibilité de réorganiser en respectant les délais
- Pics d'activité saisonniers : plutôt que de dépasser systématiquement les plafonds d'heures supplémentaires
- Formations longues : maintenir la couverture sans épuiser l'équipe restante
Les avantages du remplacement par intérim
Faire appel à un service comme 24-7 Services présente plusieurs atouts :
- Respect automatique de la réglementation (pas de dépassement des seuils pour vos salariés)
- Flexibilité : vous comblez exactement les heures manquantes
- Économie : parfois plus intéressant que de multiplier les heures supplémentaires majorées
- Sérénité : vous vous concentrez sur votre activité pendant que nous gérons le remplacement
👉 Découvrez nos services de remplacement en pharmacie
Organisez vos plannings sereinement
La gestion des plannings d'officine demande une connaissance précise du cadre légal et une vigilance constante. Les erreurs, même involontaires, peuvent avoir des conséquences juridiques et financières importantes.
Les points clés à retenir
- Planifiez et communiquez vos plannings au moins 7 jours à l'avance
- Conservez une trace écrite de tous les accords de modification
- Respectez les plafonds d'heures complémentaires (temps partiel) et supplémentaires (temps plein)
- Distinguez clairement astreinte et garde dans vos pratiques
- N'hésitez pas à faire appel au remplacement quand la situation l'exige
Besoin d'aide pour gérer vos plannings ?
Plutôt que de vous épuiser à jongler avec les contraintes réglementaires, faites appel à des solutions adaptées :
- Service de remplacement 24-7 Services : comblez vos besoins ponctuels en toute sérénité
- Replay du webinaire complet : découvrez des cas pratiques détaillés avec schémas et exemples
FAQ : Vos questions les plus fréquentes
Non. Le salarié à temps partiel peut refuser de faire des heures complémentaires, notamment si :
- Le délai de prévenance de 3 jours n'est pas respecté
- Cela dépasse son temps contractuel de plus d'1/10ème
- C'est incompatible avec ses obligations familiales ou un autre emploi
La seule solution : obtenir son accord écrit préalable.
Juridiquement, non s'il s'agit de couvrir 45h ou plus. Solutions possibles :
- Établir un avenant temporaire (limite : 34h50 maximum)
- Combiner l'avenant avec un remplaçant pour les heures restantes
- Faire appel à un service de remplacement complet
Oui, toujours. Que la formation soit en présentiel, en e-learning, dans l'officine ou à l'extérieur, elle est considérée comme du temps de travail effectif dès lors qu'elle est demandée par l'employeur.
Exception : Si le salarié souhaite se former sur son temps personnel, faites-lui signer une décharge (disponible sur le site de l'OPCOEP).
Oui. Le salarié doit adresser sa demande par lettre recommandée avec avis de réception au moins 6 mois avant la date envisagée, en précisant :
- La durée de travail souhaitée
- La date de début envisagée
L'employeur dispose de 3 mois pour répondre (par LRAR également). En cas de refus, il doit justifier de raisons objectives (absence d'emploi disponible, conséquences préjudiciables pour l'entreprise).
Les risques sont multiples :
- En cas d'accident du travail : responsabilité de l'employeur engagée
- En cas de contrôle : amendes et sanctions de l'inspection du travail
- En cas de litige : condamnation aux prud'hommes, paiement rétroactif des heures + dommages et intérêts
- Sur la santé : obligation de moyens renforcés de l'employeur, responsabilité pénale possible

